Pop Art 2.0

Pop Art 2.0

Nous vivons une époque formidable

 

Depuis des années, je voyais le péril climatique gagner en certitude sans que les politiques ne soient capables de prendre la mesure. Je me demandais comment mes propres amis pouvaient envisager de faire des gosses dans un tel contexte...

Je me suis laissé gagner par la sinistrose ambiante, en particulier en fin d’année 2016 (Trump, Brexit, montée des nationalismes européens…).

 

Déjà, j’avais vu la COP 21 comme un évènement extraordinaire ; j’avais vu aussi des petites choses bouger autour de moi ; l’affaire Weinstein, enfin, a provoqué une vraie prise de conscience. Sans doute aussi, parce que moi-même je vais mieux, j’ai pu renouer avec un regard enchanté du monde.

 

 

 

Quand je suis né :

- le souvenir des deux guerres était encore présent dans tous les esprits.

- l’immense majorité du globe vivait sous des dictatures : toute l’Amérique du sud, le Maghreb, l’Europe du sud, l’Europe de l’Est, la Chine, l’Asie du sud-est, bien des pays africains…

- les USA étaient ségrégationnistes et l’Afrique du sud était sous apartheid.

- nulle part au monde les homosexuels n’avaient de droits, les femmes avortaient clandestinement, la peine de mort était en place dans tous les pays…

 

Et puis, à l’échelle de l’histoire de l’humanité, l’évolution a été fulgurante : l’Europe des peuples fratricides s’est fondée en une communauté, le plus vieux prisonnier du monde est devenu président de l’Afrique du sud, 40 ans après la fin de la ségrégation les USA ont élu leur premier président noir, 30 ans après la dépénalisation de l’homosexualité le mariage pour tous a été instauré dans de nombreux pays...

 

Et les choses vont de plus en plus vite : l’affaire Weinstein a provoqué une réaction en chaine dans le monde entier ; même la compagnie de bus de Marrakech a engagé une campagne contre le harcèlement ! Combien de décennies les suffragettes avaient-elles dû se battre ? Et là, par la magie des réseaux sociaux, un fait divers a permis de franchir un cap.

 

Enfant, quand les élevages industriels ont commencé à se répandre et que j’étais choqué par les conditions animales, jamais je n’aurai pu imaginer que cette cause puisse faire la Une des journaux ! Il y a peu de temps encore, les végétariens passaient pour des illuminés ; la prise de conscience du rôle de la viande et de la charcuterie dans les cancers, mais aussi l’impact écologique de nos consommations de viande sont en train de bouleverser les habitudes alimentaires…

 

Je crois que nous n’avons pas encore conscience comment les réseaux sociaux, internet et les smartphones vont révolutionner la culture mondiale. On sait combien facebook a contribué au Printemps arabe en libérant la parole du contrôle et en facilitant l’improvisation des manifestations, mais ce n’était qu’un début. Des exemples : je vois ici comme ces outils permettent aux homos de découvrir qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils ne sont pas malades… Idem : un athée marocain m’expliquant comment internet lui avait permis de retrouver d’autres gens qui avaient les mêmes questionnements que lui. Démultipliés dans tous les pays et sur tous les sujets, les conséquences de cette culture collective qui émerge vont nous étonner.

 

Bien sûr ces outils ont leurs effets pervers (la diffusion de fake news, l’enfermement de certains jeunes dans un monde virtuel) mais comme nous ne regardons plus la télé avec la même naïveté, j’ai l’espoir que nous pourrons aussi apprendre à mieux utiliser ces outils.

 

L’enjeu essentiel de notre époque n’est pas la survie de la planète mais notre propre survie sur la planète. Cop après Cop, l’impuissance des politiques était désespérante. Et puis, il y a eu la Cop 21. On dit beaucoup de mal des politiques, de la diplomatie, mais créer un consensus entre 195 pays est à mes yeux une prouesse extraordinaire ; la méthode diplomatique engagée (la méthode des crochets et, en amont, un travail diplomatique exceptionnel) restera un cas d’école.

 

La question qui subsiste est de savoir si nous pourrons engager la mutation à temps. Les dérèglements climatiques sont déjà là et ils vont amplifier de manière exponentielle les  prochaines années ; dans tous les cas, il faut être lucide, on va morfler. Trop de gens pensent encore que le dérèglement climatique, c’est le problème des générations futures ; mais non, le changement c’est maintenant !

Les scientifiques disent qu’au-delà d’un seuil, le dérèglement va s’emballer et ne sera plus contrôlable ; il nous resterait 30 ans pour changer le monde et empêcher le franchissement de ce seuil ; certains se demandent même, avec le dégel du permafrost qui commence, si le cap n’a pas été franchi…

 

Vous souvenez-vous de l’époque où internet n’existait pas. Je suis arrivé au Maroc, début 1997, il y a 20 ans, quand les cybercafés apparaissaient en France et le tout premier du Maroc venait d’ouvrir à Marrakech. En 20 ans, nous avons vu une révolution technologique aux conséquences extraordinaires dans tous les secteurs de l’économie, de la culture, de la vie sociale...

Les autres révolutions à venir pourront être plus rapides encore, justement parce que internet rend l’information immédiate, fait évoluer les mentalités et accélère les processus d’adaptation.

Les énergies renouvelables sont devenus plus rentables que les fossiles ; leur performance ne cessent d’augmenter et leur coût baisser. La voiture électrique et autonome est pour demain. L’agriculture va probablement connaître une nouvelle révolution ; déjà l’INSEE a constaté que l’agriculture bio est devenue plus rentable… Et les réseaux sociaux, les nouveaux médias, révolutionnent la pression du public sur les politiques.

 

Bref, il est encore possible de croire que le pire n’est pas certain. Ce que je trouve plus passionnant encore c’est que nous pouvons être témoins, voire acteurs, de tout ces changements.

 

Nous sommes une génération gâtée qui n’a connu aucune guerre, qui a vu des évolutions extraordinaires, et qui porte souvent un regard désabusé sur l’état du monde ; mes compatriotes sont des pros de la jérémiade... C’est juste con. C’est vrai, l’insatisfaction et l’exigence sont des facteurs de changement, mais l’espoir et l’enthousiasme tout autant et c’est quand même plus agréable d’avancer la fleur au fusil.

 

Je ne l’ai pas vu immédiatement mais le travail de peinture que j’ai entrepris relève aussi de cet état d’esprit là : le monde fusionne, détruit les frontières et crée des aspirations nouvelles. Et nous appartenons à ce nouveau monde.

 

Mais qui dit nouveau monde, laisse entendre qu’un ancien ordre est en train de disparaître. La montée des nationalismes, des populismes et des intégrismes sont justement les peurs de ceux qui ne sont pas préparés à cette transformation et qui s’accrochent aux certitudes d’autrefois.

 

Le passé n’a jamais été un futur. C’est beaucoup plus passionnant de regarder devant.

 

 



22/12/2017
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